dimanche 14 avril 2013

Ecrire comme ... Caroline Weinstein

- Les cloches sonnent.
- Marche funèbre.
- Elle est jolie cette église de campagne.
- Presque abandonnée.
- Ce qui fait tout son charme.
- Toutes mes condoléances.
- Merci.
- Madame, sincères condoléances... Vous savez, nous, on n'oubliera jamais Julie.
- Il m'a dit ça, fondant en larmes, et moi, ferme, j'ai retenu les miennes. Je me souviens de ses longues tirades en bas de chez nous. Je me souviens être descendue plus d'une fois pour le faire taire et fumer une cigarette avec lui. Je me souviens avoir calmé leurs disputes adolescentes. Tout va bien se passer lui ai-je dit. Vous le pensez vraiment m'a t'il chuchoté. Non pas vraiment, je veux juste mourir.
- Et si on lui écrivait un poème ?
- Une lettre d'adieu.
- Ou si on lui écrivait une chanson.
- Une ode ?
- Un rap !
- Un poème.
- Non, une chanson c'est mieux.
- Ou on pourrait lui faire une vidéo.
- On vote ?
- Le mot de trop. Le sentiment qu'ils n'ont rien compris.
- T'es dans les nuages toi ! Tu nous aides à trouver quelque chose à faire ?
- Non. La mort n'est pas un jeu. On ne cherche pas quelque chose à faire mais un hommage à rendre. Toujours à l'écart, toujours à t'exclure toi, m'a t'il dit, viens avec nous pour une fois. Si je ne suis jamais là c'est qu'il y a une raison. Et aujourd'hui vous me faites vomir plus que jamais.
- Des pneus qui grincent.
- Une voiture.
- Le corbillard.
- Silence.
- Pleurs.
- Sortie du cercueil.
- Je veux que tu reviennes. Que tu sois là, à côté de moi. Qu'on fasse des folies, comme avant. Que tu caresses ma nuque. Je ne veux pas comprendre. Je ne veux pas savoir que tu es dans cette boîte. Je revois ton ultime sourire, il faisait froid et tu venais d'offrir ton manteau à un sans-abri. Fière de toi, tu avais tout de même attrapé un sacré rhume.
- Ca sera une chanson.
- Et on viendra lui rendre visite, la lui chanter.
- Ici ? Mais qui nous accompagnera ?
- J'ai le permis, moi.
- Caresser le bois du bout des doigts. Du sapin. Ton bois préféré. Ma chérie … Madame, permettez moi de vous demander de nous accompagner au cimetière, m'a t-il dit. Allez-y permettez vous, tant que l'on me laisse seule.
- Elle s'en va reposer en paix.
- Arrête avec tes phrases toutes faites.
- J'y crois quand même.
- Ca ne sert à rien de les dire. Garde les. Tu ne la connaissais même pas.
- Elle était dans le même lycée que moi.
- Pas la même année.
- Est-ce important ?
- Oui.
- Tu la connaissais mieux peut-être ?
- Non. Enfin si, mais tu ne comprendrais pas.
- Le corbillard s'éloigne.

Libellés :