Ecrire comme ... Robert Littell



Il y a des choses qu’on réussit du premier coup. Moi c’est de sécher les larmes de Manon, Pauline et Emma quand leurs parents sortent. C’est de leur raconter des histoires fantastiques pour les faire rêver. C’est de narrer la vie de personnages imaginaires devenus à force leurs héros favoris. C’est de les rassurer en leur expliquant que non, Papa et Maman ne vont pas se perdre en rentrant, qu’ils sont plus malins que le Petit Poucet. C’est de leur faire oublier qu’il y a un monstre sous leur lit. C’est d’arriver à les endormir avant que leurs parents ne rentrent, et c’est un exploit.
Pour d’autres choses, rien à faire : on a beau recommencer cent fois, on n’y arrive pas mieux. Ce qui explique, je suppose pourquoi je ne peux pas me maquiller sans me mettre le crayon dans l’œil et pleurer. Pourquoi je ne sais pas me taire quand il le faudrait et pourquoi j’ai dit à Sofiane qu’il était chanceux de passer son week-end en Algérie alors qu’il y allait pour enterrer sa grand-mère. Pourquoi je ne sais pas lire l’heure sur les horloges à aiguilles et pourquoi je souris bêtement quand on me tend ladite montre quand je demande l’heure. Pourquoi je déteste embrasser pour dire bonjour. Pourquoi je n’ai toujours aucune notion de la bise et pourquoi j’ai embrassé mon médecin l’année dernière au lieu de lui serrer la main. Pourquoi je ne parviens pas à garder un téléphone plus de deux mois sans le perdre, ni mes clefs, ni mon appareil photo, ni ma carte bleue et pourquoi on ne me confie rien.
Il y a des choses qu’on réussit du premier coup. Mais il y en a si peu.

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