lundi 20 janvier 2014

Une semaine archi blindée.

"L'architecture, c'est une tournure d'esprit et non un métier."

Le Corbusier


                Mardi, la semaine commence par une rencontre autour de Christian de Portzamparc, animée par Etienne Gernelle, Thierry Van de Wyngaert, Gilles Davoine, Yves-Laurent Sapoval et Christophe Cuvillier, aux mardi de l'architecture. Arrivée mouvementée et en masse après l'arrêt de la ligne 2, le choix du siège est difficile, l'architecte de la salle ayant orné le champs visuel de l'estrade d'une ribambelle de poteaux. J'arrive à apercevoir quelques cheveux de Christian. Sauvée. S'enchaîne une leçon de deux heures, agrémentée de trois petites vidéos, dont deux qui retracent le parcours de l'architecte. 
Des hauts de forme, à la philharmonie du Luxembourg (j'avoue, mon coup de coeur), en passant par la tour LVMH, on en voit de toutes les couleurs. La leçon tourne parfois en interrogatoire, mais l'architecte sait manier la langue française, et les belles tournures s’enchaînent. "L'architecture c'est un art de la vie fait pour vivre mieux" nous dit-il. Envoûtés 
mais pas dupes, on écoute en silence. Il assène "Le métier de l'architecte c'est concevoir, convaincre, construire. Moi ce que je préfère c'est concevoir". Les thèmes se mélangent, de l'îlot ouvert à Rio en passant par le Grand Paris, tout est vu. Les Etats-Unis ? Il nous donne envie d'y construire. Là bas, à New York notamment, les habitants ne crient pas lorsque l'on propose un nouveau bâtiment, mais souhaitent participer au projet, en soudoyant l'architecte pour qu'il leur offre des avantages, un accès au métro dans le cas d'un logement. La discussion est ouverte. Rio ? Les manifestations ont le gout de ras-le-bol, les gens veulent vivre mieux, bien même. Les Emirats ? Ils sont trop classiques et l'ont refusé. Tant mieux. Paris ? Ah Paris. Le Grand Paris. La commission semble figée, il en viendrait presque à nous en demander des nouvelles. La conférence s'achève sur quelques questions politiques. Après avoir fini "Faut-il pendre les architectes", et avoir eu comme commentaire "un an de stage serait bénéfique pour avoir les pieds sur terre" lors de mon examen de licence (validé cependant), il me fallait un peu de rêve. Et j'en ai eu.

       Vendredi, le weekend commence par les parpaings d'or, organisés par @jo_delb. A peine sortie de l'agence où je suis en stage, je cours, atterris Gare d'Austerlitz et commence à chercher la péniche du Corbusier. Impossible de la trouver, il fait nuit, et les architectes se confondent avec l'obscurité. Je demande mon chemin, à celle qui recevra trois prix ce soir là, sans la reconnaître. La péniche garde les traces du Corbu, on s'amuse à se mesurer au Modulor. Tout le monde se dirige vers le fond. Silence. Historique de la péniche par Michel-Chantal Dupart. Puis les prix s'enchaînent, du gentil parpaing d'or 2013 de l'architecte qui porte le plus fièrement la moustache (Lionel Carli), au cinglant parpaing d'or 2013 de l'architecte qui chie dans son FRAC (Jakob+Macfarlane), à l'hilarant parpaing d'or 2013  de l’architecte qui te fait une super perspective que t’as l’impression que c’est Star Wars, Star Trek et un fenouil réunis mais qu’en vrai, t’as juste en envie de leur dire de lâcher leur logiciel 3D, non parce que là, ça fait peur aux enfants (Coop Himmelb(l)au), tout le monde y passe. Plusieurs sont présents, Lionel Carli, Colboc (lesquels ?), Des Cliques et des Calques, Guillaume Aubry et même Dominique Jakob. On applaudit cette dernière, et on lui lance "bientôt un mur !", car son agence empoche trois prix. Dont un fluo. Classe. Puis les gens discutent, on se mélange un peu, on mange, on boit, on remercie. Moment détendu dans un monde de brutes. Vive l'architecture, et merci Jérôme-Olivier Delb. Vivement l'année prochaine.

             Samedi, sortie au cinéma. Yves-Saint Laurent de Jalil Lespert. Déception de la semaine. Un film zapping. Des scénettes de cinq minutes laissent place à d'autres plus longues, plus vides. La musique est classique, un bon point pour le film. L'univers dépeint est accrocheur. L'architecture bourgeoise magnifiée. Le reste... Pierre Bergé est bien présent, d'ailleurs on aurait pu en faire un film éponyme. Yves est malade, on sent sa détresse. Un génie, incompris par lui-même. Avec Pierre ils s'aiment. Ils se trompent, Pierre choisi la mannequin préférée d'Yves, Yves l'amant de Karl. De la fellation discrète en soirée au club échangiste, on "découvre" l'amour moderne. Montée lyrique dans la première partie, drogue sexe et argent descente catastrophique, drogue sexe et argent le réalisateur nous entraîne dans la chute du styliste par des plans sans intérêt accumulés, et une fin tragique qu'on attend mais qui n'arrivera pas. Lors-qu’entre certains plans quelques secondes de noir apparaissent, on espère la fin. En vain. Yves ne meurt pas, un peu de pudeur. Mais les derniers instants du personnages nous rendent mal à l'aise. Soyons positifs : Pierre Niney a su incarner l'homme tourmenté jusqu'au bout du film, Guillaume Gallienne l'amour fort, toujours présent. On sent leur complicité, leur univers, on adhère ou on n'adhère pas. Les images sont belles, dignes de spot publicitaire, la lumière est contrôlée, tamisée, l'espace toujours feutré. On pénètre dans l'intimité d'un couple, d'une vie tumultueuse, et on en sort refroidit. Chaque homme a sa faiblesse. Le film en regorge.

             Dimanche, Accelerated Buddha par Hiroshi Sugimoto à la Fondation Yves-Saint Laurent, pour bien finir la semaine. L'artiste a choisi d'exposer des pièces antiques de sa collection personnelle, on les admire les unes après les autres. Puis notre oreille capte un son étrange. Dérangé, on avance. Certaines statues sont exposées et sublimées par un spot. On ne sait si on doit apprécier l'oeuvre ou l'ombre. Philosophie. Puis vient l'apothéose : une oeuvre vidéo accompagnée d'une bande sonore de Ken Ikeda. La même photographie des mille statues de Bodhisattva se répète, se superpose, s'accélère. On se laisse au début balancer par les notes mélodieuses. On médite sans le savoir. Les images s'accélèrent, le son aussi, notre rythme cardiaque en fait de même. Voyage au coeur des sensations. Seule assise sur mon banc, je vois les bouddhas s'approcher. On pense à Fritz Lang, aux futuristes, aux cubistes, mille images clefs se rapprochent de ce que l'on ressent. Et pourtant c'est unique. On ne décroche pas, on observe, on ferme les yeux. Le coeur va lâcher. Non. Tout redescend. Retour au pays des mortels. Pour une nouvelle semaine.

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