Capri, c'est fini.

"Les Italiens sont des Français de bonne humeur"

Jean Cocteau


Et nous voilà partis pour quelques jours en Italie, en mer Tyrrhénienne. Arrivée à Naples à 22h il m'a fallu quelques minutes pour réaliser que les bâtiments étaient ternes, que les réverbères n'y étaient pour rien. Le sol jonché de détritus, les vêtements pollués affichés aux fenêtres, les volets à moitié ouverts et les rues désertées: Naples m'a fait peur. Au coin de notre auberge, un bâtiment affiche "Anno 1936 XIV E. FASCISTA". Au pied de notre auberge, une librairie spécialisée en architecture. Les bâtiments s'entremêlent dans la ville italienne, désordonnés dans une poésie moderne. Mais notre choix est fait, demain nous partons.






Mardi, bateau, Ischia. La mer est transparente et le soleil bien présent quand nous débarquons sur l'île. Sur le chemin de l'hôtel, une affiche pour une fête de village attire notre attention: "Martedi 15 Luglio 2014 ore 21.00 Festa del Contadino". Arrivés en avance, direction LE bistrot du coin, limoncello & vin rouge local (1e50) pour se rafraichir. La fête de village est un régal, des bruschetta à 3 euros avec vin local inclus, des jeunes qui présentent leur spectacle de fin d'année et des parents ravis : découverte de l'Italie loin des touristes. Nous sommes en hauteur et la scène surplomble l'ile, le campanile nous nargue et de petites maisons nous entourent.





Mercredi, visite de l'ile à pieds, et se glisse dans nos têtes l'idée de manger une pizza pour le dîner. Au moment venu nous grimpons dans le bus en sens inverse de la veille à la recherche d'une pizza au four d'antan. Et nous nous retrouvons dans le même petit village. Terrasse au dessus du bistrot d'hier, bouteille de rouge locale -nous avons pu voir les vignes sur le trajet- et pizzas Napolitaine et Margarita. Simples et légères, 4e l'unité, vue sur la baie, ne ratez pas cette adresse si vous êtes de passage : La Floreana. 
Soudain, des chants. Ils s'élèvent de la petite place de la veille. Ni une ni deux nous y voilà. C'est la messe qui célèbre la sainte du village. Nous y assistons, touchant et enivrant. Adieu Paris bonjour l'Italie. La messe se termine. Retour à l'hôtel. Bruits, lumière, poudre. C'est le campanile qui est en feu. Un admirable jeu de lumière s'anime en son sein, virevoltant entre le bleu et le rouge. Puis le toit s'agite, laissant s'évader un feu d'artifice pas très sécurisé. Surpris nous courons et ne sommes pas les seuls. Quelle soirée !




Jeudi, souvenir que la veille, nous avions vu une affiche a l'occasion d'un concert donné par le Conservatoire de Jérusalem et la jeune violoniste Pei-Wen Liao. Rendez vous au jardin de La Mortella à 21h, vue sur la mer, Prosceco à 2e, un peu de Schumann, trop de moustiques et deux heures de délice. Les mélodies s'enchaînent, perturbées par moment par les musiques commerciales des boites de nuit qui s'élèvent de Forio.



Vendredi, départ pour Capri. L'ile qui nous fait tant rêver, nous, grands fans de Godard. On s'imagine en Brigitte Bardot et Michel Piccoli, franchissant les marches de la Villa Malaparte de Adalberto Libera. Nous avons réservés un bed & breakfast à Anacapri. La ville est un trésor, l'ile montagneuse. Pour aller de Capri à Anacapri nous prenons un bus, qui oscille dans les virages. Pas de panique, jusqu'à ce qu'un petit vieux fasse son signe de croix. Fermons les yeux. Nous découvrons qu'il y a un concert le soir même à la Villa San Michele, par le violoncelliste Jacob Koranvi et la danseuse Heather Ware. Suites de Bach. Billets pris. Le public est plus jeune, le lieu incroyable. Pendant une heure, la danseuse ondule sur le Cantor de Leipzig, s'imprégnant de chacune des notes qui s'envole du violoncelle. La complicité est évidente, on assiste à un amour à quatre, Jacob & Heather , le corps et la musique. Sur le chemin du retour, comédie musicale sur la place du village. Histoire d'une jeune fille qui voulait entrer au couvent. Amusant mais très simple, nous restons plus d'une heure. Les comédiens sont fervents, et s'accumulent des moments kitschs : de la fumée, des hommes en collants qui dansent, des musiques très entrainantes.



Samedi, nous avons l'idée folle d'aller à la Villa Malaparte à pieds. C'est notre pèlerinage. Hommage au grand Godard. La folie démarre à 11h, lorsque nous descendons les escaliers  phéniciens. Un père et sa fille les remontent et nous annoncent 15 minutes de marche. Une heure plus tard nous voilà en bas, en train de gravir Capri, pour rejoindre le bord de mer. C'est à 14h30 que nous découvrons enfin la merveille. La Villa est là, au loin. Nous tentons tout pour la rejoindre, en vain. Deux fois nous faisons face à des portails. Déçus mais heureux, nous repartons nous balader dans Capri. Le soir c'est Jet Set, whisky, Chianti et cigarillo sur la Piazetta, maintenant renommée Piazza Umberto I. Il nous manque la maîtrise de la langue pour nous prendre pour Pasolini ou Fellini. Si seulement...




Dimanche, on s'échappe pour la plage, mais c'est un échec. Les rochers sont envahis, les enfants hurlent dans l'eau, et les jeunes italiennes s'étalent sur le chemin qui mène à l'eau. Plus tard nous profitons de notre dernière soirée pour prendre un verre, puis un autre, puis ... chez un caviste "hype" à Anacapri, "Vinoteca". Le cadre est idéal, petite ruelle, le décor est simple et les vins exquis. L'intérieur est épuré, un comptoir où l'on peut voir le fromage frais et la charcuterie fine n'attendre que nous. Au mur, des niches réservées aux vins, ainsi qu'un système d'accrochage astucieux. Le vin devient décoration. Dehors, sur des tables hautes et tabouret, on découvre sur une grande ardoise que pour 5e nous aurons vin et bruschetta. Nous testons la plupart, et mon coup de coeur restera miel, fraise et gorgonzola. Les souvenirs sont toujours là. Le caviste est génial, nous faisans découvrir des vins improbables, devinant nos goûts à chacun. Nous partons faire un tour, mais en revenant la tentation est trop grande, Chianti c'est pas fini !




Lundi, nous partons. Adieu Capri, Adieu Italie. Mais la partie n'est que remise.

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